L’intégration des cadres au Luxembourg

L’« Intégration des cadres internationaux dans l’environnement multiculturel luxembourgeois » est l’intitulé de la thèse de doctorat en sciences de gestion, soutenue par Hélène Langinier, le 27 juin dernier à l’Université de Lorraine.

A partir du constat, de nombreuses situations d’échecs au niveau de l’intégration dans l’entreprise et dans la société luxembourgeoise, Hélène Langinier a conduit une série d’observations, en particulier auprès de cadres internationaux à Luxembourg mais aussi à Zürich, à Singapour, Londres, Francfort et Paris. Son analyse révèle l’existence caractéristique de deux mondes dans les milieux multiculturels tels que Luxembourg avec la présence d’une communauté internationale forte qui se démarque tout à fait des réseaux locaux. Cette dichotomie ressentie dans les entreprises internationales est moins présente dans les entreprises d’envergures plus nationales. Dans les environnements multiculturels comme Luxembourg les internationaux sont attirés avant tout par les opportunités professionnelles et financières ou la rencontre de différentes cultures, ils ne sont finalement pas intéressés par les locaux. Ils sont séduits par la communauté internationale au contact de laquelle ils s’épanouissent. La situation est différente dans les environnements plus marqués par une culture nationale forte. En France et en Allemagne les cadres interrogés sont souvent attirés par la culture, le pays en lui-même et la volonté d’apprendre la langue du pays d’accueil.

Deux  profils de cadres face à la mobilité internationale nuance tout de même la situation luxembourgeoise. Certains cadres savent pertinemment que cette expérience ne constitue qu’une étape dans leur carrière et ils font le choix de ne pas s’investir dans leur société d’accueil, d’autres choisissent de s’ouvrir à la culture du pays d’accueil et dans le cas de Luxembourg aux différentes cultures présentes dans le pays et de s’y investir même s’ils n’y restent parfois pas plus longtemps que leurs homologues. A Luxembourg, la volonté de protection de la part des locaux ne favorise pas non plus les relations des internationaux avec les habitants de leur pays d’accueil.

D’une façon générale, les relations intergroupes, entre les Luxembourgeois et les cadres étrangers ne se nouent pas spontanément. Cette situation s’explique en partie par le rôle important de la pratique du luxembourgeois dans le processus d’intégration, cette importance varie cependant selon les secteurs étudiés. En général les internationaux sous évaluent l’importance accordée par les Luxembourgeois à la pratique de leur langue. Les compétences linguistiques exceptionnelles des Luxembourgeois amènent les internationaux à sous estimer leur plus grande aisance à s’exprimer dans leur langue maternelle, ce qui les conduit à occulter l’importance de l’apprentissage du luxembourgeois pour la réussite de leur intégration dans le pays.

Par ailleurs, au regard des travaux d’Earley et Mosakowski (2000), les résultats montrent également qu’il est plus facile de s’intégrer dans une équipe de sa propre nationalité ou dans une équipe multiculturelle que d’arriver dans une équipe dont les membres ont tous une même nationalité différente de la sienne. Ces résultats expliquent les problèmes d’intégration survenus à Luxembourg par la présence dans les entreprises internationales de sous-groupes allemands et français importants. Une intégration dans de telles équipes s’y révèle plus complexe pour le cadre international que lorsqu’il a la chance de rejoindre une équipe composée de multiples nationalités.

Plusieurs pistes d’intervention pour faciliter l’intégration des cadres étrangers dans l’environnement multiculturel luxembourgeois  se dégagent de ce travail:

- Proposer des informations détaillées concernant le contexte organisationnel luxembourgeois, les tendances d’intégration par groupes nationaux, l’importance de la langue et de la culture dans ce processus.

- Prendre davantage en compte, les processus socio-psychologiques tels que l’acculturation, se jouant dans les situations interculturelles afin d’identifier et d’agir sur les facteurs (individuels et situationnels) favorisant l’intégration, les relations intergroupes harmonieuses et par voie de conséquence, la performance.

- Prêter une attention toute particulière au processus de sélection de ses cadres internationaux, en sélectionnant des profils susceptibles d’évoluer dans les équipes multiculturelles aux diverses configurations propres à l’environnement multiculturel luxembourgeois. En effet, ces résultats montrent que les personnes en quête de développement personnel et intéressées par les différentes cultures présentes dans le pays seront plus susceptibles que les autres de choisir une stratégie d’évolution identitaire liée à l’ouverture culturelle et ainsi de bien s’intégrer dans l’environnement multiculturel luxembourgeois.

- Promouvoir la diversité en entreprise. En effet, cette recherche démontre que la bonne intégration des cadres internationaux passe aussi par la promotion de la diversité au sein de l’entreprise avec une prise en compte de la composition des équipes et du déroulement des relations intergroupes.