Un diplôme universitaire pour la diversité

Interview de Pascal Tisserant et Stéphane Leymarie, co-fondateurs du DU GENDD, dans la lettre n°8 du club diversité Lorraine de janvier 2012 (http://www.diversite-lorraine.sitew.com/#Actualite.C)

Club diversité Lorraine : Pascal Tisserant, psychosociologue, vous êtes à l’origine du diplôme universitaire GENDD à l’Université Paul Verlaine de Metz. Pouvez-vous nous en dire deux mots ?

Pascal Tisserant : Il s’agit d’un diplôme équivalent à un bac + 3/4, accessible uniquement dans le cadre de la formation continue, comprenant 120 heures de formation réparties sur 20 jours dans l’année. Onze personnes ont participé à la première promotion en 2011, à Metz. Deux nouvelles promotions vont ouvrir en 2012, une en février au Luxembourg et l’autre à Metz en octobre prochain.

CLD : Stéphane Leymarie, gestionnaire, vous êtes également co-fondateur de ce diplôme. Pouvez-vous expliquer pourquoi cette double entrée : sciences sociales et sciences de gestion ? 

Stéphane Leymarie : Les compétences des acteurs ayant en charge le développement des projets relatifs au rétablissement de l’égalité (de traitement ou des chances), à la lutte contre les discriminations (parfois réduit à l’évitement du risque discriminatoire) ou encore à la promotion de la diversité, sont non seulement nouvelles, mais avant tout pluridisciplinaires. Une vingtaine d’experts, praticiens et universitaires, relevant de disciplines et de secteurs professionnels variés apportent ces différents éclairages tout au long de la formation.

CLD : A qui s’adresse ce diplôme ?

SL : Ce diplôme s’adresse à toute personne souhaitant acquérir et valider des compétences dans ce domaine récent et rarement pris en compte dans les formations initiales. L’expérience très positive de la première promotion montre que les profils des personnes intéressées sont divers et relèvent aussi bien des ressources humaines que du domaine de l’insertion, certains exercent dans une grande entreprise, d’autres sont indépendants, ou dirigent une association ou encore travaillent pour les collectivités locales et territoriales.

CLD : La chambre des salariés du Luxembourg propose désormais dans son offre de formation le DU GENDD. Les enjeux sont-ils les mêmes au Luxembourg et en France ?

PT : Le besoin de compétences en GENDD ne touche pas seulement la France. Les entreprises luxembourgeoises cherchent également à former certains de leurs responsables à ces questions. La convention que nous avons signée avec la chambre des salariés du Luxembourg nous conduit à délivrer ce diplôme de l’Université de Metz en adaptant la formation au contexte luxembourgeois. A titre d’exemples, le nombre de critères de discrimination retenus par la loi au Luxembourg n’est pas de 18 comme en France mais de 6, avec le sexe, la race ou l’ethnie, l’âge, le handicap, l’orientation sexuelle et la religion ; on ne parle pas de charte et de label diversité mais d’un label ‘’entreprise socialement responsable’’ qui comprend un volet ‘’diversité’’. Des raisons historiques, économiques et politiques expliquent ces différences mais les fondements psycho-sociologiques de la discrimination ou encore les grands principes du management de la diversité sont semblables.

CLD : D’autres projets de partenariats en Europe ou, peut-être dans d’autres pays du globe ?

PT : En France comme au Luxembourg, le DU GENDD propose un module d’ouverture à l’international concernant ces questions, non pas pour préparer, les participants à exercer à l’étranger mais avant tout pour offrir un contre point culturel permettant de mieux comprendre la situation du pays d’exercice à ce sujet. Les bonnes pratiques sont parfois à rechercher au delà des frontières nationales. Dans cette perspective, la mise en réseau d’acteurs européens de la formation en GENDD est un des projets restant à développer.

La promotion 2010-2011 du DU GENDD à Metz

La première promotion du DU GENDD s’est achevée en décembre 2011 avec la soutenance des mémoires professionnels.

Les onze premiers participants-es provenaient de secteurs d’activités différents (formation & insertion ; développement local et territorial ; entreprise et GRH) source d’un enrichissement important tout au long de cette année de formation. Ils (elles) occupaient des fonctions variées (direction de structure ; chargé de projets/d’études ; conseil et coordination) dans le grand quart nord-est de la France (Alsace, Bourgogne, Franche-Comté, Lorraine et Région parisienne) et avaient des projets d’intervention en GENDD à l’étranger (Italie et Luxembourg) pour deux d’entre eux. Certains-es sont venus-es chercher dans cette formation une professionnalité, une légitimité, pour intervenir sur ces questions au sein de leur structure, d’autres étaient en attente d’une ouverture complémentaire à leur champ d’expériences qu’ils (elles) ont pu satisfaire grâce à ce programme riche et varié.

Cette première promotion a suivi avec intérêt ces 120 heures de formation données par vingt quatre intervenants-es, douze universitaires, belges, canadiens et français (juristes, gestionnaires, sociologues et psychologues sociaux) et douze praticiens-nes en GENDD (provenant notamment de l’ACSE, l’AFMD, FACE ou encore la HALDE). Deux tables rondes ont réuni, d’une part des acteurs du monde de l’entreprise (DRH, syndicats et organisations patronales) et, d’autre part, d’institutions Belges et Luxembourgeoises luttant contre les discriminations (Institut pour l’égalité des femmes et des hommes, le centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme et le centre pour l’égalité de Traitement). L’aboutissement de cet investissement s’est révélé au travers des mémoires professionnels qui analysaient des dispositifs visant à réduire les préjugés et la discrimination (par exemple à l’école) ou étudiaient le développement de politiques en GENDD dans différentes structures en France et à l’étranger (par exemple en mission locale ou encore au sein d’un grand groupe hôtelier).